lundi 9 août 2010

Where the executioner's face is always well hidden


A Hard Rain's a-Gonna Fall - Bob Dylan (1963)

Octobre 1962. Le renseignement américain découvre que l'URSS est en train d'installer des missiles à tête nucléaire à Cuba, à moins de 200km des côtes de Floride. Pendant deux semaines, les deux superpuissances nucléaires vont se livrer à un bras de fer à l'échelle mondiale, manquant de très peu de provoquer à plusieurs reprises un conflit aux conséquences inimaginables. Le monde est au bord du précipice.

Écrite selon la légende dans ce contexte de fin du monde et sans être certain d'avoir le temps d'y mettre un point final, "A Hard Rain's a-Gonna Fall" est l'une des chansons les plus importantes du riche répertoire de Bob Dylan, protest-song emblématique qui éveillera bien des vocations (et des consciences).
S'il est avéré depuis que son texte avait été écrit quelques temps avant la paroxysme de la crise des missiles de Cuba, la puissance évocatrice de cette chanson va au delà de la référence historique et constitue un témoignage aussi évocateur qu'effroyable de la folie humaine. Il y a dans l'écriture de Dylan une urgence palpable, vision apocalyptique crue d'une situtation devenue intolérable et qui, pour le pire, reste dangereusement d'actualité.


"Quand je suis revenu d’Inde pour la Côte Ouest, il y avait un poète, Charlie Plymell lors d’une fête à Bolinas. Il m’a fait écouter un disque de ce nouveau chanteur de folk. La première chanson était ’Hard Rain’, je crois. Et j’ai pleuré. Car je me suis dit que le relais avait été passé à une autre génération. Les premiers bohémiens et beatniks, leurs illuminations et la puissance de l’individu (…) avaient une descendance, accouchaient de nourrissons surdoués."
Allen Ginsberg




Un témoignage édifiant sur l'époque ici :
http://www.archive.org/details/DuckandC1951

lundi 2 août 2010

Gonna open up your gate

Where Is Happiness ? - Vanilla Fudge (1969)

Il y a d'abord cette rythmique hypnotique : la batterie plombée du génial Carmin Appice, et la basse entêtante de son condisciple Tim Bogert. Un duo novateur et prolifique, à l'origine d'un héritage musical énorme.
Guidé par la mélodie d'orgue obsédante et les textes mystiques de Mark Stein, l'auditeur est plongé en plein déluge sonore et lyrique, à la croisée du rock psychédélique, du heavy metal et....de la musique classique, influence évidente du quatuor.
Impossible enfin de ne pas rendre hommage à l'apport essentiel du guitariste Vince Martell, qui plaque ses accords affutés et tranchants sur ce maelström sonore d'un autre monde.
S'il s'était rendu célèbre avant tout par ses reprises euphorisantes de classiques pop et rock, Where Is Happiness ? prouve que Vanilla Fudge n'avait pourtant pas à rougir de ses propres compositions, et constitue une préfiguration fulgurante de bien des genres musicaux à venir...