lundi 20 décembre 2010

This fall has no bottom


Mosaic - Woven hand (2006)

Sortit en 2006, Mosaic est déjà le cinquième méfait auditif en cinq ans à peine de la bande à David Eugene Edwards.
Méfait, oui, car une fois les sillons de cet album explorés une première fois, il y a peu de chance pour que l'infortuné victime arrive à poser ses oreilles sur autre chose avant un moment...

Les arpèges lugubres du court morceau instrumental Breathing Bull a peine dissipés, c'est
au tour du possédé Winter Shaker de faire définitivement entrer l'auditeur dans la galaxie fabuleuse de Wovenhand.
Tout le son caractéristique du groupe se déverse alors avec une grâce aussi inquiétante que fascinante, alchimie d'incantations chamaniques néo-païennes et d'exaltations mystiques presque bancale mais au final incroyablement cohérente.
Edwards et sa bande conjuguent comme à leur habitude chérubins rédempteur et tentateur infernal en un sabbat de jugement dernier, mêlant Denver Sound, mélodies médiévales et références liturgiques obscures, en se foutant bien de l'embarras du chroniqueur musical qui serait tenté de poser une étiquette sur ce maelström retentissant.

Une célébration démoniaque d'inspiration céleste.
Ou peut être bien l'inverse.


jeudi 18 novembre 2010

But my wings have been so denied

MTV Unplugged -Alice In Chains (1996)

En 1996, Alice in Chains appartient quasiment déjà au passé.
L'addiction notoire à l'héroïne de Layne Staley est passée par là, compromettant impitoyablement l'avenir du groupe. Le précédent album, malgré un grand sucès tant commercial que critique, ne peut être suivi d'aucune tournée et les dernières scènes remontent à près de 3 ans an arrière.

Ce contexte aura fait douter jusqu'au bout de la capacité du chanteur a assurer sa prestation lors de ce MTV Unplugged, lui qui vit désormais en reclus entre deux séances avortée de désintox.
L'évènement est d'autant plus intense et inespérée lorsque, aux premières notes de Nutshell, Layne Staley fait finalement son apparition dans le Majestic Theatre de Brooklyn. L'homme est amaigrie par des années de consommation de dope mais son chant toujours pareillement habité dissipe bien vite les craintes, épaulé par un groupe au diapason.

Le traitement acoustique des vénéneuses compositions d'Alice In Chains apparaît comme une évidence et parvient en allant à l'essentiel, à les doter d'une puissance émotionnelle encore décuplée. Silhouette presque crépusculaire, Staley déclame ses textes aussi sordides que prophétiques avec une grâce inquiétante, accompagné par un Jerry Cantrell irréprochable.
Nutshell, Angry Chair, Rooster, Would... Les classiques s'enchaînent et laissent même la place à l'inédit The Killer Is Me, et on sent une joie évidente d'être à nouveau réunis, comme le rappel le chanteur entre deux titres.

L'apocalyptique Down in a Hole, durant laquelle Cantrell prend le relais d'un Staley visiblement troublé, constitue un sommet évident de cette inoubliable prestation, testament sonore d'un groupe dont l'aura reste aujourd'hui encore toujours aussi fascinante.



lundi 9 août 2010

Where the executioner's face is always well hidden


A Hard Rain's a-Gonna Fall - Bob Dylan (1963)

Octobre 1962. Le renseignement américain découvre que l'URSS est en train d'installer des missiles à tête nucléaire à Cuba, à moins de 200km des côtes de Floride. Pendant deux semaines, les deux superpuissances nucléaires vont se livrer à un bras de fer à l'échelle mondiale, manquant de très peu de provoquer à plusieurs reprises un conflit aux conséquences inimaginables. Le monde est au bord du précipice.

Écrite selon la légende dans ce contexte de fin du monde et sans être certain d'avoir le temps d'y mettre un point final, "A Hard Rain's a-Gonna Fall" est l'une des chansons les plus importantes du riche répertoire de Bob Dylan, protest-song emblématique qui éveillera bien des vocations (et des consciences).
S'il est avéré depuis que son texte avait été écrit quelques temps avant la paroxysme de la crise des missiles de Cuba, la puissance évocatrice de cette chanson va au delà de la référence historique et constitue un témoignage aussi évocateur qu'effroyable de la folie humaine. Il y a dans l'écriture de Dylan une urgence palpable, vision apocalyptique crue d'une situtation devenue intolérable et qui, pour le pire, reste dangereusement d'actualité.


"Quand je suis revenu d’Inde pour la Côte Ouest, il y avait un poète, Charlie Plymell lors d’une fête à Bolinas. Il m’a fait écouter un disque de ce nouveau chanteur de folk. La première chanson était ’Hard Rain’, je crois. Et j’ai pleuré. Car je me suis dit que le relais avait été passé à une autre génération. Les premiers bohémiens et beatniks, leurs illuminations et la puissance de l’individu (…) avaient une descendance, accouchaient de nourrissons surdoués."
Allen Ginsberg




Un témoignage édifiant sur l'époque ici :
http://www.archive.org/details/DuckandC1951

lundi 2 août 2010

Gonna open up your gate

Where Is Happiness ? - Vanilla Fudge (1969)

Il y a d'abord cette rythmique hypnotique : la batterie plombée du génial Carmin Appice, et la basse entêtante de son condisciple Tim Bogert. Un duo novateur et prolifique, à l'origine d'un héritage musical énorme.
Guidé par la mélodie d'orgue obsédante et les textes mystiques de Mark Stein, l'auditeur est plongé en plein déluge sonore et lyrique, à la croisée du rock psychédélique, du heavy metal et....de la musique classique, influence évidente du quatuor.
Impossible enfin de ne pas rendre hommage à l'apport essentiel du guitariste Vince Martell, qui plaque ses accords affutés et tranchants sur ce maelström sonore d'un autre monde.
S'il s'était rendu célèbre avant tout par ses reprises euphorisantes de classiques pop et rock, Where Is Happiness ? prouve que Vanilla Fudge n'avait pourtant pas à rougir de ses propres compositions, et constitue une préfiguration fulgurante de bien des genres musicaux à venir...



mercredi 28 juillet 2010

Now the party's over



Avalon, île mythique issue de la littérature arthurienne où, selon la légende, aurait été forgée l'épée d'Arthur, Excalibur.

Sorti en 1982, Avalon constitue à la fois l'ultime livraison discographique et l'un des sommets de la déjà riche carrière de Roxy Music.
Pas forcément évident pourtant de savoir finir sur une bonne note après avoir déjà commis une belle poignée de chefs d'œuvre...

Habitué à être en avance sur son époque depuis l'album éponyme de 1972, Roxy Music parvient mine de rien à livrer avec Avalon l'un des plus importants albums des 80's, et en profite pour régurgiter avec une foutue dose de talent tous ce qui a fait sa spécificité.
A commencer par le timbre suave du gentleman-chanteur Bryan Ferry, qui pose ses textes sur les ambiance musicales presque charnelles et éthérées élaborées par Andy Mackay et Phil Manzanera.
De "More than this" (grandiose single popularisé à nouveau en 2002 par le jeu GTA Vice City) à "Avalon" en passant par le crépusculaire "While my Heart is Still Beating", il est essentiellement question d'amour et de désamour comme souvent chez Bryan Ferry.
Ok on a entendu ça des milliards de fois, mais l'écriture efficace et la sincérité exprimée par le chanteur magnifient le propos sans forcer, presque nonchalamment.
Et on ne s'en plaindra pas quand le tout fait preuve d'une telle élégance mélodique, à la fois sobre et terriblement habitée, bien loin de pas mal de productions méchamment datées de l'époque.

Une conclusion de toute première classe pour la carrière d'un groupe trop méconnu, et la parfaite introduction en douceur à un univers musical parmi les plus riche et passionnant qui soit, synthèse absolue du son Roxy Music seconde époque.





lundi 26 juillet 2010

Wouldn't it be nice ?


Pet Sounds.

Il y a une poignée de disques dont on se demande comment la Terre a put tourner sans eux.

Tout a peut être déjà été dit sur ce monument, régulièrement cité dans les cimes des classements musicaux (aux côtés du Sgt poivré des scarabées de Liverpool, qui lui doit d'ailleurs énormément).
Il n'empêche que Pet Sounds irradie bien quelque chose d'unique, une alchimie virant au sublime, dosage parfait d'inventivité et d'évidence mélodique qui parvient toujours sans aucun mal à scotcher l'auditeur pendant ses 36 minutes et 25 secondes, plus de 40 années après sa sortie (1966 !).

Malgré la présence de son groupe sur la pochette de l'album, c'est bien au seul Brian Wilson, compositeur visionnaire et maudit s'il en est, que l'on doit la quasi totalité de ce joyau.
Lui qui eut l'idée de faire de Pet Sounds un album concept, "symphonie adolescente" relatant les aléas amoureux et le difficile passage à l'âge adulte, et qui réussit au delà de toute espérance, insufflant tour à tour dans chacune de ses compositions un supplément d'optimisme, de naïveté juvénile et osons le mot : de bonheur.
Parcque des disques qui donnent le moral c'est rare et ça fait du bien.

Mais lui aussi qui, incapable de finaliser Smile (le successeur de Pet Sounds et son ultime chef d'œuvre) , allait passer les trois prochaines années dans son lit à tester diverses drogues et à s'empiffrer entre deux délires paranoïaques. Ou comment chercher à créer l'expérience musicale suprême peut rendre fou.

Reste un album franchement indispensable et sur lequel le temps n'a eu aucune emprise, responsable de bien des vocations, et jusque là jamais dépassé...
Un album a écouter quand ça va et quand ça va pas, et qui a changé la vie de pas mal de monde, la mienne y compris.

"You know it seems the more we talk about it
It only
makes it worse to live without it
But lets talk about it
Wouldn't it be nice "


"It was Pet Sounds that blew me out of the water. I love the album so much. I've just bought my kids each a copy of it for their education in life ... I figure no one is educated musically 'til they've heard that album ..." Paul McCartney








dimanche 18 juillet 2010

While my Heart is Still Beating


Diamonds and Rust - Joan Baez (1975)

Une chanson sur le manque. Le vide. Cet abîme laissé, malgré lui, par celui/celle qui ne veux plus continuer et nous laisse là, dans le caniveau, entouré des fantômes obsédants du passé et de l'ombre de tous ce qui aurait put être et ne sera plus jamais.
Et ces souvenirs qui restent. Par milliers. Des moments d'absolu, figés dans le temps, et qui continuent toujours et encore de hanter les dernières parcelles de ton cerveau au détour d'une vieille photo, d'une chanson oubliée. Diamants et rouille.


"Ten years ago
I bought you some cufflinks
You brought me something
We both know what memories can bring
They bring diamonds and rust"